Chroniques de laTerre Sainte

juin 12, 2016

Gaza ,prison à ciel ouvert

Classé dans : Uncategorized — RACHIDA BENMEDDOUR ABUSHAWISH ABOUCHAOUICHE @ 3:16

Gaza , prison à ciel ouvert
Imaginez qu’après un séjours à l’étranger, vous voulez rentrer chez vous ,mais pour cela, vous êtes obligés de prendre l’avion et d’ atterrir à l’ aéroport d’un pays voisin ,le seul ayant des frontières terrestres avec votre pays lequel , il faut le préciser, n’est doté ni d’aéroport ,ni de port et qui plus, est sous occupation et sous blocus hermétique. Une fois sur place, les autorités de ce pays étranger confisquent votre passeport ,vous interdisent de quitter les lieux et vous empêchent de rentrer chez vous. Si cela relève de l’inconcevable pour les humains du monde, c’est une situation fréquemment vécue par les palestiniens voulant rallier Gaza et qui sont obligés de passer par l’Egypte.
Ils sont des dizaines à vivre ,actuellement ce cauchemar , à l’aéroport du Caire où ils sont bloqués depuis plusieurs semaines sous prétexte que le terminal de Rafah, seule brèche menant à la Bande de Gaza, est fermé.
L’Egypte, qui l’ouvre et le ferme à sa guise , a émis un ordre interdisant à tout palestinien ,même transitaire, de fouler le sol Egyptien. Une décision qui remonte à juillet 2013 lorsque le maréchal Abdelfatah Al Sissi a pris le pouvoir au détriment de l’islamiste Mohamed Morsi dont le mouvement Hamas est accusé d’être le partisan.
D’ailleurs, Les autorités égyptiennes avaient publié ,à l’époque, un ordre dans tous les aéroports du monde stipulant qu’ aucun Palestinien n’est autorisé à entrer en Egypte en provenance de n’importe quel pays dans le monde, même s’il est détenteur d’un visas ou d’une carte de séjours égyptienne. Mis devant le fait accompli, les palestiniens indésirables sont ,depuis lors , obligés de se résigner à accepter leur sort devant l’arbitraire , ne pouvant ni regagner le terminal de Rafah, ni rebrousser chemin, ni aller ailleurs .Ceux qui ont la chance d’avoir des passeports étrangers ou un visas ,ces sauf conduits indispensables à même de leur ouvrir les portes, ont d’infimes chances de prétendre à une autre destination de leur choix. Les autres n’ont d’autre alternative que de prendre leur mal en patience et d’attendre ,attendre et attendre des jours, des semaines et même des mois. Tout dépend du bon vouloir des autorités qui les parquent ,tel du bétail , loin des yeux des autres passagers, dans les sous sols de l’aéroport, dans des salles exigües ,sans aération , à même le sol ,n’ayant que les murs pour s’adosser ou leurs bagages comme sièges ou comme coussins ,une fois extenués par les interminables attentes. Pour manger ou aller aux toilettes ,par exemple, ils sont obligés de demander la permission des policiers qui les escortent partout comme des criminels. Qu’ils soient enfants, adultes ,femmes ou hommes ;cadres , étudiants ou même détenteurs de passeports VIP; islamistes ou laïcs, ils sont systématiquement mis à l’écart ,souvent humiliés ,bousculés et même insultés s’ils expriment une quelconque opposition .
Quand les autorités égyptiennes daignent enfin ouvrir le poste frontalier ,ils sont regroupés dans des bus puis emmenés sous escorte policière directement aux frontières avec interdiction formelle de toute escale en cours de route .En théorie, c’est le mouvement Hamas qui est accusé de prêter main forte aux islamistes de Morsi ,mais dans les faits c’est l’ensemble des Gazaouis qui est puni. C’est le prix à payer quand on est palestinien ,se résigne à dire, impuissant, tout habitant de Gaza se trouvant dans cette situation.
Ceux qui sont actuellement bloqués au Caire , à l’instar de leurs nombreux prédécesseurs, ne cessent depuis des jours de lancer des appels pour qu’on mette un terme à leur supplice. Dénonçant des conditions inhumaines et un mauvais traitement ,ils trouvent inconcevables qu’ils ne puissent rentrer chez eux. Ils se sont adressés aux autorités égyptiennes mais également aux responsables palestiniens dont l’ambassadeur accrédité au Caire Jamal Choubaki et notamment le président Abbas, auxquels ils ont expliqué le calvaire qu’ils vivent, soulignant qu’il ya parmi eux des familles ,des enfants et des vieillards dont certains sont à court d’argent ou malades. Des appels qui risquent de rester, comme à l’accoutumée, sans écho , l’Egypte ,invoquant la situation sécuritaire qui prévaut dans le Sinaï, et que le gouvernement Sissi pose comme l’une des raisons principales à l’origine de la fermeture des frontières. Des raisons rejetées par la majorité de l’opinion palestinienne pour la simple raison que la situation de bouclage perdure depuis bientôt une décennie, bien avant l’insurrection actuelle menée par les djihadistes au Sinaï et le mauvais traitement infligé aux voyageurs palestiniens a toujours été une particularité égyptienne moult fois dénoncée par les organisations des droits de l’homme locales et internationales.
Cette situation s’est foncièrement aggravée ,ces derniers temps ,surtout depuis la prise de pouvoir, il y a un an et demi, du maréchal Abdel Fattah Al-Sissi en Egypte.
A l’issue de l’attaque meurtrière perpétrée à Cheikh Zouiyed le 25 octobre dernier ayant tué une trentaine de soldats égyptiens, le terminal est quasiment tout le temps fermé. l’Egypte n’a ouvert la frontière que de façon temporaire et à deux reprises seulement. A chaque fois, l’ouverture n’a duré que deux jours et n’était destinée qu’à permettre à des Palestiniens bloqués en Egypte de rentrer à Gaza ou pour laisser passer des convois humanitaires, renforçant le sentiment d’enfermement des Gazaouis, déjà soumis au blocus israélien et attisant le ressentiment des habitants envers ce nouveau régime jugé coupable de participer à l’étranglement de la bande de Gaza . Des accusations qu’il nie formellement en pointant du doigt Israël, l’accusant de faire tout pour se dérober de ses responsabilités en tant que puissance occupante en voulant transférer les 1million 8 cent mille palestiniens au Sinaï , dans le cadre d’un plan concocté par la droite israélienne qu’elle cherche à relancer au moment opportun. Selon lui ,par cet enfermement et les autres mesures punitives ,Israël cherche à provoquer une explosion de colère parmi la population qui aura pour conséquences la prise d’assaut des frontières et l’exode des habitants vers l’Egypte. Pour le régime du Caire , les seuls coupables de cette situation sont l’occupation israélienne et le Hamas qui fait son jeu en se maintenant au pouvoir constituant un alibi idéal pour la poursuite et la dégénérescence du statu quo déjà catastrophique ainsi que la concrétisation de ce plan.
Les autorités du Caire qui accusent le Hamas de soutenir les insurgés ont ,par ailleurs, fait savoir qu’ils ne lèveraient l’interdiction d’ouverture que lorsque la réconciliation inter palestinienne est sérieusement scellée, que le Hamas lâche le pouvoir et que la garde prétorienne du président Abbas assure la sécurité des frontières afin de ne pas donner de prétextes à l’accomplissement des plans Israéliens .Pour le Hamas, toujours au pouvoir à Gaza , ce comportement du voisin égyptien est un ” crime contre l’humanité “.
Ses adeptes ainsi que des centaines de Palestiniens l’ ont crié haut et fort vendredi dernier lors de la prière hebdomadaire appelant l’Egypte , à rouvrir immédiatement le terminal.

Dans son prêche ,l’imam qui a dirigé la prière, a qualifié de nécessité absolue, et de devoir de frère, pour les nations arabes de se tenir aux côtés des habitants de la Bande de Gaza.
“L’Égypte et Israël continuent de nous tenir à la pointe de leurs couteaux…Nous sommes les otages de ces deux pays, “l’ennemi” et “le frère” se relayant pour nous massacrer chacun à sa façon “a souligné ,en colère, l’mam qui a ajouté :
“Ayez pitié de ces milliers d’étudiants et de ces malades qui ont besoin de se rendre en Egypte et dans d’autres pays pour poursuivre leurs études ou recevoir des soins médicaux! ”
C’est le même sentiment prévalant chez l’ensemble de la population qui émet l’espoir, sans y croire, d’une réouverture rapide du poste frontalier. Un poste qui demeure ,concrètement, la seule voie de sortie vers le monde extérieur et qui ,à son grand dam ,suit les aléas d’une situation politique se préoccupant , peu ou prou, de ses besoins .
C’est l’ unique frontière qui n’est pas contrôlée par Israël. En 2005, et après près de quarante années de contrôle total l’armée d’occupation ,qui a effectué un retrait unilatéral de la Bande de Gaza a signé un accord avec l’AP sur l’accès et la circulation des voyageurs au terminal de Rafah, remettant théoriquement , aux Palestiniens, sous supervision d’ observateurs de l’union européenne , la responsabilité des opérations. Cependant ,dans les fait, c’est l’état hébreux qui a continué d’en détenir les clés et d’agir en maitre puisque il avait la capacité de contrôler ,via les cameras de surveillance, tous les mouvements , d’accéder aux listes des passagers dont il pouvait refuser l’accès ou la sortie s’ils figurent sur leurs listes noires.
Quelques mois après l’accord, Israël met fin à son engagement suite à la capture d’un soldat israélien par des groupes armés et depuis c’est le siège total. Il est devenu hermétique dans la foulée du coup de force du mouvement Hamas en Juin 2007 et continue jusqu’à aujourd’hui. Les tunnels creusés aux frontières, pour le contourner, ont été détruits par l’Egypte qui a instauré une zone tampon transformant l’étroite Bande de Gaza en une véritable prison à ciel ouvert où le quotidien des habitants de Gaza continue d’être un perpétuel combat pour la survie.
A cet eternel siège et aux pénuries de tout genre, s’ajoutent l’attente, en vain, de la reconstruction de ce qu’a démoli la guerre de cet été, les pluies torrentielles qui inondent les tentes et les campements servant de refuge ainsi que les incendies causées par les bougies à cause des coupures quasi permanentes de l’électricité et qui font, chaque jour, davantage de victimes. Le tout devant l’indifférence de tous. Celle de la communauté internationale, de l’ONU, d’Israël ,de l’Egypte mais également celle des responsables palestiniens du Fatah comme du Hamas. Des responsables qui n’en finissent pas de se quereller sur les questions de savoir qui aura le plein pouvoir ou qui administrera les postes frontières donnant aux intérêts de leurs partis politiques la priorité tandis que les intérêts de leur peuple et leur aspiration à vivre une vie digne de ce nom , sont relégués au second plan.
RACHIDA BENMEDDOUR

FIN

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