Chroniques de laTerre Sainte

août 23, 2016

Palestine:Le soulèvement

Classé dans : Uncategorized — RACHIDA BENMEDDOUR ABUSHAWISH ABOUCHAOUICHE @ 10:56

Les larmes et le sang qui coulent aujourd’hui en Palestine viennent rappeler que cette région du monde est une poudrière qui risque d’exploser à tout moment .

La spirale des affrontements entre soldats israéliens et jeunes palestiniens s’installe peu à peu et gagne chaque jour en intensité, les attentats isolés contre des colons se multiplient et la répression des forces d’occupation israéliennes et des colons redouble de férocité .

Ce regain de tension a atteint son paroxysme jeudi 1er Octobre lorsque des palestiniens ouvrent le feu sur une voiture transportant une famille de colons israéliens tuant sur le coup les parents devant leurs quatre enfants dans le nord de la Cisjordanie occupée, près de Naplouse .Une opération imputée au mouvement Hamas , en réponse, vraisemblablement, à l’assassinat d’un jeune Palestinien, sourd de naissance, tué quelques jours plus tôt par l’armée israélienne qui a criblé de balles sa voiture sur la même route et au même endroit. Du coup les appels des colons à la vengeance se sont multipliés.

Joignant l’acte à la parole , des dizaines d’entre eux se sont adonnés à des actes de saccage attaquant maisons ,commerces et biens palestiniens.

Selon le centre Al Ahrar pour les droits de l’homme, des colons ont perpétré durant ces derniers jours des dizaines d’agressions contre des palestiniens saccageant et incendiant vehicules , maisons, des centaines d’arbres fruitiers et des dizaines d’hectares de terre agricoles .L’organisation met l’accent dans son rapport sur le fait que l’ensemble de ces offensives ont été menées sous l’œil complice des soldats israéliens. Des agressions qui font suite au supplice d’une famille palestinienne, dont un bébé de quelques mois, brulée vive en juillet dernier à l’entrée de Kafr Douma, près de Naplouse. Selon des responsables des services de sécurité palestiniens, quatre colons faisant partie d’un groupe extrémiste nommé “le prix à payer “ont mis le feu à leur maison . Ce crime est resté impuni. Un phénomène qui n’est guère nouveau. Depuis des années, des colons extrémistes ainsi que des activistes d’extrême-droite se livrent sous le slogan «le prix à payer» à des agressions et des actes de vandalisme contre des Palestiniens, des Arabes israéliens ainsi que des lieux de culte musulmans et chrétiens. Si dans le passé ,ils agissaient dans l’ombre de peur d’être sanctionnés ,aujourd’hui et depuis l’avènement de l’extrême droite au pouvoir, il agissent au grand jour ,en toute impunité.

Des sources et des témoins palestiniens affirment même que plusieurs tentatives d’assassinat dont se disent victimes des colons ne sont ,dans les faits, que pure invention de ces derniers. Le cas de Fadi Aloun ,un jeune palestinien de Jérusalem Est, abattu devant les objectifs de caméras par la police pour avoir prétendument tenté de poignarder un colon est largement relayé sur les réseaux sociaux. Selon son père ,les colons inventent des prétextes pour tuer des palestiniens.

« Les vidéos de la scène montrent un groupe de colons pourchassant mon fils qui essayait de courir vers un voiture de police israélienne pour sa protection mais la police l’a abattu », a notamment dit le père jurant que la version israélienne des faits est un mensonge.

Loin de calmer le jeu, le premier ministre Benyamin Netanyahou a ,comme à l’accoutumée, affiché une réponse purement sécuritaire promettant une « offensive très dure contre le terrorisme palestinien ».Dans une allocution diffusée par les médias il a affirmé qu’il donnait toute latitude d’action à la police à laquelle il ne poserait aucune limite “. Un blanc seing clair et net à faire usage de tous les moyens de répression contre les manifestants palestiniens réitérant ainsi ses consignes données il ya quelques jours, à ses forces ,d’user de balles réelles contre tout lanceur de pierre .Une ligne dure que les observateurs expliquent par les pressions auxquelles il est apparemment soumis .Pression des membres de son gouvernement, l’un des plus à droite de l’histoire d’Israël, qui critiquent ouvertement son inefficacité mais également celle des colons qui mènent manifestation après manifestation l’appelant à plus de répression et à plus de colonisation.

Après une réunion du mini cabinet sécuritaire avec des responsables de l’ordre public, Il a décrété l’état d’urgence, décidé de renforcer la présence policière , ordonné, comme à l’accoutumée la destruction des maisons des auteurs d’attentats , annoncé l’intensification des détentions administratives et interdit l’accès à l’esplanade des mosquées.

Ces mesures ont été traduites sur le terrain par une multiplication des patrouilles et des incursions dans les villes de Cisjordanie grâce au déploiement de quatre bataillons.

Résultat: La colère et la tension montent, les affrontements se multiplient et les enterrements s’enchainent au même rythme que les balles qui fauchent des vies et font des blessés .Ceci ,outre les démolitions de maisons, les arrestations ,les perquisitions et les confiscations de nouvelles terres dans le cadre de nouvelles mesures punitives prises par le gouvernement israélien marquant une nouvelle escalade qui pourrait propulser le conflit israélo palestinien dans une nouvelle dimension où l’embrasement et la violence régneraient en maitre et pour longtemps .

Ces mesures répressives et vindicatives qui ont pourtant déjà prouvé, par le passé leur impuissance à juguler les vagues de violence spontanées, sont accompagnées d’une surenchère verbale contre les responsables palestiniens et à leur tête le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas à qui Israël impute la responsabilité de l’escalade.

Invitant le gouvernement israélien à agir pour une solution politique ,ce dernier a affirmé vouloir éviter que ces affrontements ne dégénèrent en confrontation militaire :

« Nous ne voulons pas d’une escalade militaire ou sécuritaire. Les instructions données aux services de sécurité, aux différentes factions et aux jeunes disent clairement que nous ne voulons pas d’escalade mais quand un groupe de colons vient attaquer un village à quelle réponse vous attendez vous? >> a t-il notamment souligné .

Fondamentalement opposé à la violence, Mahmoud Abbas a ,cependant, peu de chance d’être écouté cette fois ci. Il semble ,en effet dépassé par son opinion qui ne le suit plus .Une

opinion qui pense qu’après plus de 20 années d’experience,il est clair que des négociations stériles comme seul moyen pour arriver à la paix n’est plus un choix défendable .

D’ailleurs, d’après une enquête élaborée par le Centre palestinien pour la recherche politique et les études stratégiques, une majorité de Palestiniens serait pour un soulèvement armé contre Israël. Les factions toutes appartenances confondues ne cessent de l’ interpeller pour qu’ils tienne compte de l’évolution de la dynamique actuelle prévalant dans les territoires palestiniens .Dans une conférence de presse tenue à Gaza et animée par les représentants des différentes mouvances nationales et islamiques dont le Hamas l’accent a été mis l’importance d’élaborer une nouvelle stratégie commune et d’avoir ” une position palestinienne unifiée qui reconnaît que l’intifada est une réalité sur le terrain <<Une intifada qui doit continuer>> insistent ils et pour ce << l’AP doit cesser sa coordination sécuritaire avec israel >> . Il faut dire que la marge de manœuvre des groupes armés et des manifestants palestiniens est foncièrement limitée par cette coopération sécuritaire que l’Autorité Palestinienne de Mahmoud Abbas s’est engagée à respecter en dépit de son impopularité auprès de l’opinion publique.

Oui mais, apparemment aujourd’hui, les deux camps israélien et palestinien, ne semblent avoir pour seule perspective qu’une escalade de la haine réciproque et de la violence laissant peu de chance à une quelconque perspective d’amélioration de la situation . Cela laisse la porte , grande ouverte, à la possibilité d’un déclenchement d’un nouveau conflit sanglant ,une troisième Intifada. En tout cas les ingrédients nécessaires laissant présager une telle perspective sont aujourd’hui bel et bien réunis. Parmi ces ingrédients se trouvent l’absence d’horizon politique, la répression israélienne, le renforcement de la colonisation, l’impunité des colons et les tensions à Jérusalem . Depuis l’été 2014 déjà, marqué par le conflit armé dans la bande de Gaza, Jérusalem-Est est le théâtre d’échauffourées quasi quotidiennes. À l’origine, l’inquiétude autour du site très sensible de l’esplanade des Mosquées ,El Aqsa notamment , encore une fois au centre des frustrations des Palestiniens qui l’ estiment en danger alors que les extrémistes juifs l’investissent quotidiennement appelant à son partage prélude à sa destruction pour la construction du troisième temple à sa place. Mais au delà de ces enjeux ,c’est l’effondrement du projet national palestinien d’édifier un véritable état libre et souverain et la poursuite de l’occupation qui viennent attiser encore davantage la colère et provoquer une recrudescence des violences. Certes le sentiment de désespoir est dominant depuis bien longtemps, mais l’effondrement des pourparlers de paix, sous la houlette des américains, l’ont renforcé encore plus, poussant le peuple dans un scepticisme certain quant à l’ensemble du processus de paix.

En Palestine aujourd’hui, on est encore loin de voir la lumière au bout du tunnel.

FIN




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