Chroniques de laTerre Sainte

mars 8, 2017

Qu’est-ce que c’est que la coordination sécuritaire et pourquoi suscite-t-elle tant de critiques et de tension ?

Classé dans : Uncategorized — RACHIDA BENMEDDOUR ABUSHAWISH ABOUCHAOUICHE @ 9:08

Pour une majorité de palestiniens, l’ accord de ” la coordination sécuritaire ” avec les autorités  israéliennes  avilit leurs dirigeants .Un accord honni qui consacre la soumission face à l’occupant .Ils considèrent que les forces de sécurité de l’AP sont devenues le                   « Gendarme » de l’occupation israélienne au service de sa sécurité. Ce sentiment est renforcé par le blocage du processus de paix et la poursuite de la colonisation et de l’occupation.

Qu’est-ce que c’est que la coordination sécuritaire et pourquoi suscite-t-elle tant de critiques et de tension ?

Conformément aux accords d’Oslo signés en 1993, la gestion administrative des zones A et B englobant, respectivement, 18% et 21 % des territoires occupés et qui implique une coopération notamment pour le passage des biens et des personnes, est attribuée à l’AP, tandis que les 61% restant où sont établies les colonies, à Israël. La sécurité a été confiée aux forces palestiniennes dans la zone A et aux forces israéliennes dans les zones B et C. Cependant et lors d’un accord signé au Caire en mai 1994, il a été convenu que les forces de sécurité palestiniennes agissent contre toute action anti israélienne, contre les colons y compris. Pour ce faire, des réunions régulières, des échanges d’informations via le bureau de coordination sont effectués et des patrouilles mixtes et des opérations conjointes sont quotidiennement menées.

Cette coordination décriée, a été suspendue lors de la deuxième Intifada par le président défunt, Yasser Arafat puis reprise avec l’avènement de Mahmoud Abbas en 2005 qui l’a par la suite reformée, l’assimilant à un gage donné à la communauté internationale, et notamment aux Etats-Unis. Un gage posé comme préalable absolu à tout accord de paix par l’état hébreux et l’administration Bush. Cette dernière a dépêché dès mars 2005 le lieutenant général William Ward avec pour mission : la supervision de la coordination sécuritaire et la refonte ainsi que la reconstruction des services de sécurité que le président Arafat a, de son vivant, toujours rejeté. William Ward fut ensuite remplacé par Le général Keith Dayton qui était en charge du recrutement, l’entraînement et l’équipement des forces de sécurité dans le cadre d’un plan global visant la construction des institutions prélude à l’établissement d’un état. Certains n’hésitent pas à dire qu’il s’immisçait dans la politique interne de l’AP en imposant les diktats de son administration au point d’être qualifié par nombre d’opposants palestiniens notamment les partis islamistes, de «l’américain venu gouverner les palestiniens ».

C’est d’ailleurs dans ce contexte que le mouvement Hamas s’était emparé du pouvoir à Gaza en Juin 2007 présentant cela comme une prévention contre une conspiration fomentée contre son pouvoir, citant un plan américain que Dayton aurait été chargé d’exécuter, intitulé : « how to sink Hamas » (comment noyer Hamas) .

« Le plan Dayton met sur pied un appareil sécuritaire non pas pour défendre notre peuple, mais pour l’empêcher de résister…il vise aussi à déstabiliser notre gouvernement légitime élu par la voie des urnes et le remplacer par le gouvernement choisi par Dayton » ne cessaient de répéter les responsables du Hamas pour justifier leur coup de force

Présentée comme une question de loi et d’ordre principalement avec pour objectifs d’ appréhender les gangs criminels, consolider les services de sécurité concurrents, interdire l’utilisation publique des armes, et localiser les voitures volées, cette réforme s’est traduite, sur le terrain, par le démantèlement des groupes armés en Cisjordanie, ainsi que la restructuration et la modernisation des forces de sécurité, pourvues de 30 000 hommes. Des unités spéciales ont été créées, notamment en matière de lutte antiterroriste, plusieurs « bataillons spéciaux » des Forces Nationales de Sécurité et une gendarmerie de 8000 membres constituant la plus grande unité des forces armées palestiniennes en Cisjordanie. Une force ,régulièrement accusée d’exactions, mais qui a réussi à rétablir l’ordre notamment à Naplouse, Jenine et Hébron hauts lieux de la résistance, en proie, des années durant à un chaos sécuritaire terrifiant, à cause de l’affaiblissement des forces policières palestiniennes suite aux coups que leur a infligés l’armée israélienne qui a réoccupé ces villes durant la 2eme intifada en 2002. Des opérations spectaculaires sont menées par ces forces qui multiplient les arrestations ,des fois arbitraires de membres ou de sympathisants du Hamas et, dans une moindre mesure, des organisations de gauche et des comités populaires en Cisjordanie .L’ensemble des factions armées de la résistance ont été contraintes à la reddition et à l ‘abandon de leurs armes poussant beaucoup de Palestiniens à considérer cela comme une collaboration pure et simple avec « l’ennemi Israélien » Pour eux , les forces palestiniennes de sécurité sont devenues des supplétifs de l’armée d’occupation.

Le plus grand coup assenée à la réputation de l’Autorité Palestinienne a eu lieu pendant la guerre israélienne à Gaza commencée en décembre 2008 lorsque Ses forces de sécurité ont réprimé des manifestations en Cisjordanie en solidarité avec Gaza. Les agents en civil ou en uniformes ont encerclé les mosquées empêché les jeunes gens de s’approcher des check-points israéliens, arrêté les protestataires et dispersé les manifestants à coups de bâtons et de gaz lacrymogènes. Le même scenario a eu lieu lors de la guerre de cet été mais il était de moindre intensité.

Abbas et l’AP sont également accusés par l’opinion publique de s’être débarrassés des officiers nationalistes palestiniens de l’ère Arafat en les obligeant à prendre leurs retraites afin de les remplacer par de nouveaux sans passé de militants ou d’anciens combattants. Des « professionnels de la sécurité », particulièrement zélés, qui ne s’encombrent guère de considérations politiques n’hésitant pas à arrêter « les héros de la résistance ».Certaines opérations se sont soldées par la mort ou les blessures de plusieurs militants.

C’est ainsi que le déclin de l’intifada 2000 et de la résistance armée en Cisjordanie a commencé avant d’être complétement étouffée dans la foulée d’affrontements entre les forces de sécurité de l’AP et les groupes armés .Un bras de fer qui a été ,en effet, le dernier signe du refus par les combattants eux-mêmes, de la politique de désarmement initiée par l’AP, qui a conduit plusieurs centaines de membres des Brigades Al Aqsa- à renoncer publiquement à la lutte armée en échange d’une amnistie de la part d’Israël, et des centaines de membres du Hamas à déposer les armes sous la pression des forces de sécurité.

Cette démarche très impopulaire est vivement contestée par une majorité de l’opinion publique qui voit la résistance armée comme un droit légitime de tout peuple sous occupation.

Sans cette coopération, Israël qui la considère comme un élément clé dans sa lutte contre les opérations de la résistance palestinienne ciblant ses soldats et ses colons en Cisjordanie et à Jérusalem Est occupée, éprouverait beaucoup plus de mal à glaner le renseignement nécessaire pour les empêcher. L’AP trouve aussi son intérêt dans la surveillance accrue du Hamas et des groupes radicaux ou djihadistes, ses principaux opposants. La coopération a fait échouer plusieurs tentatives de déstabilisation de l’Autorité palestinienne par le Hamas. Elle permet, en somme, de prévenir tout soulèvement en Cisjordanie qui pourrait se retourner contre elle.

L’Autorité palestinienne, sous l’enclume des pressions américaines et sous le marteau de son opinion publique se retrouve ainsi dans un dilemme. Elle fait face à des exigences contradictoires. Elle doit appliquer les accords sécuritaires impopulaires, empêcher toute manifestation armée et dans le même temps, elle est sensée soutenir la cause nationale palestinienne, y compris le droit à la résistance. Un dilemme qui risque de se compliquer encore davantage si les concessions faites restent sans contrepartie satisfaisante : La fin de l’occupation et l’établissement d’un état indépendant et viable.

FIN


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